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La vie derrière les barreaux

paru le 28/07/2013

 

Un jour dans la vie d'un cheval

paru le 10/06/2011

Imaginez que vous êtes enfermés dans une cage étouffante aussi grande qu'un lit. Enfermé là pendant des années. Vous devez faire vos besoins naturels juste sous vos pieds, ça pue constamment. Mais vous devez dormir à la même place ; l'odeur d'ammoniac irrite vos yeux et vos poumons. Quelqu'un vous nourrit deux fois par jours (notez qu'à l'état naturel les chevaux broutent presque constamment). Plus probablement vous souffrez de problèmes gastriques ou de toux, vos jambes vous font mal après l'entraînement d'hier mais le palefrenier de service va à peine comprendre votre façon de vous tenir. Il n'y a personne à qui vous plaindre. L'odeur nauséabonde et la chaleur étouffante sont horribles. La situation est sans espoir. Pour être nettoyé vous êtes attaché dans une aile de l'écurie sans aucune possibilité de bouger si vous ressentez une douleur ou des chatouilles par exemple. Ils vous crient après et vous frappent avec une étrille. 

Une fois par jour vous êtes sortis pour respirer de l'air frais. Mais lorsque, plissant les yeux au soleil vous décidez de remplir votre poitrine d'air pur, vous sentez une douleur aiguë due à une sangle sévèrement tendue. Et vous allez travailler. Pendant une heure ils vous montent dessus sans arrêt, piquant vos côtés avec des éperons et vous punissant avec des mors dans la bouche de toute résistance. Je ne veux pas parler de la monte elle-même. Le cheval ne ressent absolument aucun plaisir en elle. Vous pourrez à peine trouver un cavalier de concours ou un amateur comprenant quelque chose a l'anatomie du cheval ou à la physiologie, muscles, articulations, fonctionnement cardiaque etc. Presque tous les chevaux souffrent d'actions incorrectes de cavaliers ignorants. 90% des chevaux sellés ont des changements pathologiques dans leur système locomoteur – dos et articulations blessés. Lorsqu'ils sont sous la selle ils ressentent constamment de la douleur. 

Donc imaginez qu'avec tout cela vous ne puissiez rien dire et n'ayez pas le droit de vous plaindre. Votre réaction naturelle à la douleur est considérée comme une rébellion et vous êtes encore plus puni. Après le travail vous retournez dans la même cage de la taille d'un lit et votre amusement de la journée est terminé. Donc vous passez vingt trois heures de la journée dans un doux-boxe et une heure est dédiée à des tortures. Un régime quotidien de la sorte vous plairait? Quel est le nom d'une telle existence?

Cependant ce n'est pas la pire des variantes. Tout le monde sait comment traiter les tics d'écuries. Si un cheval maintenu en boxe vingt trois heures essaye de faire quelque chose d'inapproprié, il est cruellement et immédiatement puni pour son mauvais comportement. Si un cheval tic à l'air ils lui mettent un collier spécial sur l'encolure. S'il commence à tiquer à l'ours – ils le maintiennent attachés pour la nuit. 

Personne ne veut penser aux raisons de tels comportements, que le cheval souffre physiquement et mentalement et que c'est la raison pour laquelle il se comporte comme un fou se balançant sur le bord de son lit dans un asile, essayant d'atténuer un peu sa douleur mentale. 

Le grand Parelli a déclaré un jour que si tous les chevaux de sport étaient des humains ils seraient déjà dans un asile...

Tous les tics d'écuries ont des raisons simples. Vous devez comprendre cela et améliorer la situation. Ce n'est pas si difficile. Essayez de sentir l'état émotionnel de votre cheval. Essayez juste ça. 

Avant que les chevaux ne commencent à être utilisés pour le sport et pour l'équitation de loisir ils avaient rarement de tels tics comme ils devaient travailler trop dur et n'avaient plus la force et simplement pas le temps pour cela. 

Ces tics affichent les souffrances mentales dues à l'emprisonnement et à l'isolation sociale. L'état mental du cheval et certains aspects de son comportement sont directement liés à son mode de vie et à son environnement. La meilleure solution serait de garder de petits groupes de chevaux dans des pâtures, mais prenant en considération le prix de nombreux chevaux et le risque important de traumatismes dans de telles conditions ainsi que l'absence de pâtures proches, les conditions hivernales, les insectes, la crasse, etc., nous gardons nos chevaux en boxes 22 heures sur 24. Là nous trouvons une certaine correspondance : plus le prix d'un cheval est élevé et plus l'écurie est destinée aux concours, plus les chevaux sont empêchés de communiquer avec les autres et de marcher en paddocks, alors que ce sont eux qui ont besoin de ce type de repos plus que les autres. Ils ont besoin de cette relaxation psychologique en compagnie de leurs congénères. 

La cause de ces comportements de substitution ou des tiques d'écuries est le stress. Un cheval ne peut pas boire de gouttes de valériane ou se faire une injection d'acepromazine. Mais la nature est sage et elle a donné au cheval la possibilité de l'aider dans son état dépressif. Cela signifie acquérir de mauvaises habitudes.

Si nous prenons le problème du point de vue physiologique nous constatons qu'avec ces tics d'écuries le cheval stimule la sécrétion d'endorphines ce qui a un effet calmant et fait retomber le sentiment d'inconfort et de souffrance. Les chevaux deviennent accros à cette drogue auto –sécrétée et cela résout un peu leurs problèmes. 

Je ne vais pas vous assommer avec la liste de tous les tics d'écuries ici. Je suis certaine que toute personne s'étant déjà promenée dans une écurie en connaît une douzaine. Et c'est un fait avéré que si un cheval broute dans un pré avec d'autres chevaux, toutes ces mauvaises habitudes disparaissent. 
Dans nos régions climatiques une solution pourrait se trouver dans le système des barns américains. Les chevaux sont en groupes dans de grands barns. Ils peuvent communiquer entre eux et vivent une sorte de vie de chevaux, ainsi ils n'ont pas à acquérir de mauvaises habitudes. 

Les chevaux entrent souvent en conflit entre eux et lorsqu'ils n'ont pas la possibilité d'avoir de relation avec d'autres chevaux et de définir leur place dans la hiérarchie, ils commencent à s'en prendre aux personnes. Survient alors un autre type de tics : mordre, donner des coups de pied, ruer etc. Un tel comportement est perçu comme une agression directe et un cheval sera sévèrement puni alors qu'il n'agit qu'en fonction de son instinct.

Un cheval privé de communication avec les autres chevaux souffre également d'un manqué de contact tactile. Lorsque nous empêchons le cheval de mordre nous supprimons un de ces instincts – sa personnalité. Vous devez comprendre que si votre cheval vous mord agressivement ou vous attaque alors votre cheval est un leader dominant et vous êtes un subordonné. Essayez de gagner sa confiance et son respect, en tout cas vous n'arriverez à rien en employant la force. Et ne punissez jamais votre cheval. A ses yeux vous êtes un prédateur. Il sera effrayé mais ne vous respectera pas.

C'est bien si votre cheval vous mord de façon amicale, bien que cela puisse être assez douloureux. Mais ne frappez jamais votre cheval sur le nez pour rompre avec l'habitude de beaucoup de gens. Chaque fois le cheval va reculer sa tête sans comprendre pourquoi il s'est pris une claque en réponse à un geste amical. Vous ne deviendrez jamais son ami.

EXTRAIT DU TEXTE "la vie derrière les barreaux" de Lydia Nevzorov

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