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ARCHIVES Cheval d'Auvergne

paru le 02/03/2016

ARCHIVES Cheval d'Auvergne

 Rapport à Monsieur le préfet du Puy de Dôme sur le service de la monte en 1873.

Monsieur le Préfet,
Bien que la monte ne soit pas encore terminée à la station de Clermont, je m'empresse de vous adresser mon rapport sur la situation de ce service. Plusieurs propriétaires ayant demandé que les étalons restent quelques jours de plus à la station, j'ai dû les y laisser, cette année jusqu'au 15 juillet. Je peux cependant vous donner dés aujourd'hui des renseignements à peu près exacte sur les résultats de la monte de 1873.
La station de Clermont, ayant obtenu, en 1872, une moyenne de plus de 60 juments par étalon, devrait être augmentée en 1873. Aussi, cette année, le dépôt d'Aurillac lui a-t-il envoyé cinq chevaux. Un pur-sang anglais, un pur-sang arabe, un demi-sang léger, un demi-sang carrossier et un gros carrossier. L'étalon Moor, mort à Clermont le 26 Mars a été immédiatement remplacé par un autre pur-sang arabe. Tous ces chevaux ont été également recherchés des éleveurs et tous ont énormément travaillé. J'ai même été obligé, le 15juin, d'arrêter leur monte et d'envoyer un sixième étalon dans cette station. Ce dernier est un petit carrossier, carré et près de terre, ayant de fort belles allures; il a été apprécié à Clermont et il y a déjà obtenu un grand nombre de juments, plusieurs propriétaires le réclament pour l'année prochaine.
Aujourd'hui, la station de Clermont a 464 juments, elle arrivera certainement à 470, (221 juments de plus qu'en 1872), ce qui est une monte énorme, même pour six étalons. Jamais elle n'était encore arrivée à un chiffre aussi élevé. Un pareil résultat est d'un bon augure, et doit indiquer un retour du pays vers l'élevage du cheval.
Les trois commune de Rochefort, Giat et Herment demandent des stations de monte pour l'année prochaine. Comme j'ai déjà eu l'honneur de vous l'écrire, Monsieur le Préfet, ces trois localités sont trop rapprochées pour qu'il soit nécessaire d'établir trois stations dans cette partie du Puy-De-Dôme. Une seule peu parfaitement suffire, et elle aurait, je crois, des chances de réussite. Herment étant à peu près à égale distance de Rochefort et de Giat, elle serait très bien placée dans cette commune, qui, (d'après les renseignements que j'ai pu prendre dans mes tournées), possède à elle seule un assez grand nombre de poulinières, et se trouve, pour ainsi dire, au centre de l'élevage de la contrée. J'espère, Monsieur le Préfet, que Monsieur le Ministre voudra bien m'accorder une remonte de sept étalons, dont j'aurai besoin en 1874, et qu'il me sera possible, pour la monte prochaine, d'en donner deux de plus au Département du Puy-De-Dôme.
Quand au rétablissement de la station de Rochefort, auquel j'avais songé pendant quelques temps, j'ai du y renoncer depuis, en voyant qu'il causerait un grand préjudice à la station de Herment.
Avant d'adresser ma demande d'étalons à l'administration, j'ai écrit au maire d'Herment, qu'à la condition que la commune en fournirai le local à ses frais. Je n'ai pas encore reçu sa réponse.

Dans la partie du rapport du conseil général relative à la question chevaline, je trouve les observations suivantes, aux quelles je vais essayer de répondre:
Un membre se plaint de ce qu'on ai laisser disparaître l'ancienne race d'Auvergne et une autre non moins précieuse la race Limousine. D'abord, cette dernière existe toujours; elle s'est sans doute un peu modifiée, mais elle fournit encore d'excellents chevaux à notre cavalerie légère.
L'administration des haras n'a point poussé, comme on semble l'en accuser, à l'abandon de la vieille race d'Auvergne, qu'elle regrette comme tout le monde, au contraire, elle a toujours entretenu, et elle entretient même encore aujourd'hui au dépôt d'Aurillac des étalons propres à la continuer, si elle n'avait entièrement disparu. La perte de cette race doit être attribuée au changement qui s'est opéré depuis quarante ans dans les habitudes du pays. Autrefois, la communication était difficile, les chemins peu praticables, et tout le monde montait à cheval. Cette époque fut très favorable au développement de nos races légères, qui était alors fort estimées. Mais depuis quarante ans, on a fait partout de belles routes, et le carrossier a pris la place du cheval de selle. C dernier, délaissé par le commerce, n'a plus eu qu'un seul débouché, la remonte, qui achète et trop peu et à trop bas prix pour constituer un encouragement suffisant pour l'élevage du cheval léger. De là, l'abandon d'une industrie, qui n'offrait plus aucune chance de profit à l'éleveur. Les propriétaires se sont alors tournés du côté du gros cheval, en Auvergne, on a voulu faire le cheval de trait, sans tenir compte du pays, et des influences du sol et du climat, contre lesquelles on devait nécessairement venir échouer. La jument indigène a été abandonnée, et on l'a remplacé par de grosses poulinières, venant du Perche, de la Normandie, de la Bretagne et du Poitou. Ces importations de juments si différentes entre elles et, pour la plupart, si peu appropriées au sol, ne pouvait donner que de fâcheux résultats, et elles ont achevé la ruine de la race du pays.
Voilà où en ai l'industrie chevaline en Auvergne. Cependant, cette contrée peu produire de très bon chevaux, son passé le prouve, mais tout y est à faire, toyt y ai à recommencer. Il serait nécessaire d'abord qu'on se rende un compte bien exact, des conditions du sol et du climat, au milieu desquelles on est obligé d'agir, et qu'on entrât dans une voie plus rationnelle d'élevage. La montagne ne peu faire que le cheval de petite taille, mais énergique et résistant, et très propre à remonter notre cavalerie légère. Avec des soins et une bonne nourriture, on peu arriver, dans les riches vallées, à produire le cheval de dragons, assez étoffé pour l'attelage et d'une vente facile pour le commerce. Mais c'est une grave erreur de croire que l'on peut faire le gros cheval en Auvergne, le sol s'y refuse absolument. L'expérience faite chaque jour, et l'état peu prospère de notre élevage, nous prouve que nous faisons fausse route, et qu'il est temps de revenir sur nos pas.
Ce qui manque au pays c'est la poulinière, qu'il faut cesser d'aller chercher au loin, mais qu'on doit demander au sol. L'indigénat de la mère est partout, une condition essentielle , pour arriver à de bons résultats; mais cette condition devient d'une bien plus haute importance quand il s'agit d'un pays comme l'Auvergne. Il est donc nécessaire d'employer tous les moyens possibles pour faire cesser ces importations de juments communes, qui portent la confusion dans la race, et qui ne peuvent donner que des produits décousus dans nos montagnes. La poulinière indigène au contraire produit plus sûrement et donne plus de régularité au poulain, qui, héritant de son tempérament, n'a pas à souffrir du travail d'acclimatation, qui se fait toujours chez le jeune sujet , né d'une mère étrangère.
C'est à la société d'agriculture du Puy de Dôme qu'il appartient de diriger les éleveurs dans cette voie, en primant, dans les concours, les meilleurs juments indigènes, et en tâchant de retenir, dans le pays, également par des primes, les plus jolies pouliches, et les mieux faites, pour reconstituer une race.
Quant à la demande qui a été faite que les croisements aient lieux désormais exclusivement avec les races françaises, je n'en saisis pas vraiment le sens exact, et j'y répond un peu au hasard.
D'abord, sur six étalons qui font la monte, cette année, à Clermont, cinq sont nés en France, le sixième est un arabe, récemment arrivé d'orient. 
D'un autre côté, si on ne veut employer aux croisements, que des étalons français, pur de tout mélange avec le sang étranger, il faut les demander aux races de trait. Cependant, je ne crois pas que ce soit là qu'il faille aller chercher le type améliorateur destinés à rendre des services dans nos montagnes.
Enfin, en n'admettant d'autres croisements que ceux de nos races françaises entres elles, on rejette l'étalon de pur-sang, et l'on oublie que c'est à l'emploi du cheval anglais que nous devons ces beaux carrossiers Normands, que nous envie l'étranger et qui sont la gloire de notre élevage. On doit aussi se rappeler que nos bonnes races de selle du midi, parmi lesquelles on doit placer la race Auvergnate, dont nous regrettons aujourd'hui la perte, ont toutes été formées au moyen de longs croisements avec le sang arabe. Ce serait donc, selon nous, une grande faute, et en même temps un grand préjudice porté à notre industrie chevaline, que d'écarter de la reproduction le véritable élément améliorateur, l'étalon de pur sang.
Veuillez agréer, X X.

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