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L'encapuchonement "roll-kur"

paru le 28/07/2013

Un cheval réduit au silence

paru le 10/06/2011

 

Par Véronique de Saint Vaulry extrait du livre "communiquer avec son cheval

L'encapuchonnement systématique

Alors que les auteurs classiques ont toujours stigmatiséle chanfrein passant derrière la verticale, les contemporains en ont fait une pratique courante, voire systématique et outrée, baptisée "hyperflexion", ou "bas et rond" par ses adeptes, et "rollkur" par ses détracteurs. On observe sur les carrières de cheveaux maintenues pendant de longues périodes tellement "enroulés" que leur nez touche parfois leur poitrail ou leurs antérieurs, et que le chanfrein tutoie l'horizontale. De grands, noms du dressage prônent ces pratiques, imités par les foules avides de résultats.

Il faut dire qu'il suffit d'une paire de rênes allemandes pour y arriver, et que ça marche de tonnerre. Bloqué le nez en bas par des rênes trop courtesle cheval n'exprime plus ses peurs (il ne voit plus rien devant), ne relève plus le nez (il est coincé), et peut même donner l'apparence de la légèreté, puisqu'il sait que tirer ne sevira à rien. Pour compenser le déséquilibre qu'on lui impos, il développe ses abdos, et le geste antérieurs prend d'avantage d'expression (raccourcissement de brachiocéphalique). C'est facile, c'est rapide, c'est à la portée de tous, et même du premier venue, tout le monde le fait...On se demande bien pourquoi quelques rares originaux se compliquent encore la vie avecles anciennes méthodes, si lentes, si arrides, si complexe !

Pourquoi ? Parce que le bénéfice physique n'est pas si net : désynchronisation du trot, dégradation du pas, encolure raccourcis, cassée en C3-C4, garrotenfoncé, croupe haute, antérieurs reculés sous la masse au piaffer, impossibilité d'un vrai rassembler... Mais surtout parceque cette attitude contre-nature provoque de la souffrance à court et à long therme. L'hyperflexion de la tête comprime les parotides, écrase le muscle omohyoïde et les nerfs faciaux, notament le trijumeaun provoquant hypersalivation et mauxde crâne, et gênant gravement la respiration. A long therme, la surcharge permanente des antérieurs provoquera des boiteries"inexplicables", et ce d'autant plus que la résignation sape le système immutaire.

Moralement, le cheval, complétement soumis, n'a plus aucun moyen d'exprimer son malaise, sa douleur ou ses difficultés: il compense le déséquilibre imposé, il endure les fautes de main, il cherche sa respiration et il s'efforce d'apercevoir quelque chose devant lui, développant anormalement ses muscles sourciliers... Incapable d'avaler sa salive, il bave des flots mousseux qui se répandentsur son poitrail et dans le sable, et que certains prennent à tord pour un signe de décontraction...

Hélas la pratique se répand si bien que plus personne ou presque ne s'en alarme. Bien au contraire, l'oeil s'habitue tant cette dérive (photographie, logos, compétitions) que tout le monde se persuades que si le chanfreinn'est pas en arrière de la verticale, "le dos ne travaille pas".Les dresseurs modernes en viennent à pousser des cris d'horreur lorsqu'un cheval est présenté de façon classique, nuque en pointle plus haut,bouche mobile, rênes légères.L'écuyer Philippe Karl a dénoncé ces errance dans son dernier livreDérives du dressage moderne, et propose des solutions aussi efficace que respectueuse du cheval.
Un chemin à suivre, car l'encapuchonnement systématique réprésente vraiment la négociation totale de la communication avec le cheval : réduit au silence et à l'inpuissance, il est condamné à s'accomoder comme il peut d'une attitude douloureuse et contre-nature. Bien-sûr, on peut se faire une bonne conscience en disant qu'on se tient àune attitude raisonnable, bien loin de l'hyperflexion. Mais les ennuis commencent bel et bien pour le cheval dés que le chanfrein passe en arrièrede la verticale. Et on ne s'imagine pas qu'on pourra ensuite, à volonté, le "remonter" pour retrouver une attitude juste : les dommages articulaire, musculaires et tendineux sonten tous cas installés pour longtemps, parfois irréversibles, et le fonctionnement du cheval s'est construit tant bien que mal autour d'eux... La réhabilitation est alors un long et difficile chemin.

Rendez-lui la noblesse de son port de tête, pour son bien, et le vôtre. On doit quand même pouvoir gagner en compétition sans torturer les cheveaux ... Non ?

Elements de réflexion :

- Amusez-vous à serrer les dents,et tentez d'avaler votre salive... Pas facile.

- Ramenez votre menton contre votre cou, serrer les dents, et tentez de nouveau d'avaler votre salive... Là ça commence à faire mal.

Vous remarquerez au passage qu'il est beaucoup plus facile de ramener son menton contre son cou en desserant les dents,et laissant la mâchoire infèrieure avancer légèrement par rapport à la machoîre superieur. C'est l'une des raisons qui incite les cheveaux à l'hyperflexion à ouvrir la bouche... Mais comme ça ne fait pas joli, on leur serre la muserolle pour les en empêcher. Il n'est certes pas souvent possible d'extrapoler de l'homme au cheval, mais pour cette fois,hélas, c'est révélateur.

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