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La souffrance équine

paru le 28/07/2013

 

Le mental, le mythe et la souffrance équine Robert Cook

paru le 10/06/2011

1. « Primum non nocere » (« Premièrement, ne pas faire de mal. ») - Hippocrate 

Lorsque nous parlons de chevaux, le mot « technologie » ne nous vient pas immédiatement à l'esprit. Pourtant il y a deux technologies qui ont été intimement associées au cheval depuis si longtemps que nous ne voyons pas leur nature destructrice et les acceptons sans nous poser de question : le mors et le fer.
La bonne nouvelle est que des alternatives inoffensives à ces deux technologies ont été développées, testées et largement utilisées. Le mors peut être délaissé et remplacé par la bride sans mors, et avec quelques changements simples un cheval peut rester pieds nus.

Deux grands mythes

L'invention du mors a facilité la domestication du cheval, il y a 6 000 dans de cela. Les premiers mors étaient probablement faits avec des plantes tressées, ensuite avec du bois, des bois de cerf, et des os. Les mors en métal de l'âge de Bronze étaient les précurseurs des mors en acier inoxydable d'aujourd'hui.

Les mors les plus anciens sont immédiatement reconnaissables et nous n'avons pas besoin d'une interprétation archéologique. Le principe et le mode d'action ont toujours été les mêmes. Une ou plusieurs tiges de métal sont insérées dans la bouche du cheval et tenues en place au moyen d'une bride. Une rêne attachée de chaque côté du mors est manipulée par le cavalier.

Jusqu'à ce jour, la plupart des cavaliers croient que le mors contrôle le cheval alors qu'en réalité le mors est la principale cause de la perte totale du contrôle. Bien que les chevaux se sont emballés, ont rué, se sont cabrés à travers l'histoire, ce mythe du « contrôle » survit même si tout prouve qu'il est erroné.






Le fer est une invention médiévale. Il était communément utilisé autour de 9OO après J.-C. et est fièrement représenté au XIXème siècle sur la tapisserie de Bayeux sur les pieds entravés du cheval de William. Encore une fois, avec le millénaire qui s'ensuit, ni la forme ni le principe n'ont changé. Un arc de métal est appliqué sur la surface solaire du sabot et gardé en place par une série de clous traversant la paroi.
Aujourd'hui, la plupart des cavaliers pensent encore que le but du fer est de protéger le sabot. Mais les preuves réunies au cours des 25 dernières années montre que ceci est faux. En fait, les fers endommagent sérieusement les sabots et en fin de compte le cheval tout entier. Entretenu correctement (c'est-à-dire ni ferré ni au box), un cheval peut participer à toutes les activités extraordinaires que l'homme peut vouloir faire avec son « meilleur ami », y compris des courses d'endurance de 100 miles sur un terrain rocailleux. Il n'y a qu'une exception. Des fers spécialement conçus sont toujours nécessaires pour les compétitions Western de reining, dans lesquelles les arrêts glissés (extrêmement contre-nature) font partie des performances requises.
Pourtant le mythe de la « protection » est toujours présent dans toutes les autres disciplines.

Persistance des anciennes idées

Comme l'a écrit John Maynard Keynes : « La difficulté ne réside pas dans les nouvelles idées, mais dans le fait d'échapper aux anciennes, qui se ramifient, pour ceux qui ont été élevés avec celles-ci, dans tous les coins de notre esprit, comme les racines collantes d'un vieux genévrier. »

Plusieurs facteurs « justifient » que le cheval soit toujours prisonnier des fers :
Il n'y a pas beaucoup de technologies en service de nos jours qui sont inchangées depuis l'âge de Bronze (le mors) ou le temps des Saxons (les fers), néanmoins le « crime non découvert » est indubitablement un facteur. Ce ne fut que depuis la fin du millénaire dernier que les nombreux effets nocifs du mors et des fers ont entièrement été reconnus.
En l'absence d'une alternative acceptable, les mors et les fers ont été justifiés comme des maux nécessaires. En ce qui concerne le mors, cela fait longtemps que les pratiquants de la monte à l'Anglaise (et non pas Western) croient qu'il n'y a pas d'alternative au mors. De la même façon, les fers ont été considérés comme indispensables pour une monte sérieuse. Par définition, il était établi qu'un cheval vivant à l'écurie devait être ferré. Il n'a pas été reconnu que le fait de séjourner en écurie dégrade la qualité de la corne, ce qui fait que le pied « a besoin » d'être ferré pour être « protégé ».
La tradition et la coutume sont une cause prédominante de la persistance d'une pratique. Les cavaliers sont conservateurs par nature et la tradition à elle seule est devenue une raison de résister au changement. Mais la tradition n'est pas suffisante pour maintenir une pratique lorsque de nouvelles connaissances montrent qu'elle n'est pas en accord avec le bien-être, soit les besoins physiologiques du cheval.
Il y a toujours un décalage entre l'accomplissement d'une recherche et l'application de ses résultats. Le passage d'une génération entière n'est pas rare. Dans cette ère de l'information, on pourrait espérer qu'un tel décalage ne se produise pas en ce qui concerne le bien-être des équidés. Malheureusement les comités créent des règles et des règlements et de telles organisations sont vulnérables à ce que les sociologues appellent une cascade ainsi qu'au problème de consensus erronés. Si dans un comité une personne se trompe et qu'elle est assez sûre d'elle-même en ce qui concerne le rejet d'une nouvelle idée, elle « infecte » les autres et s'ensuit une cascade de mauvaises informations. Mais la science n'est pas une démocratie et l'acceptation des avancées scientifiques devrait être acceptées après un jugement objectif et non à partir d'un vote majoritaire influencé par un comportement de masse.
Finalement, il y a le problème du « pas de ça chez moi ». L'introduction d'une nouvelle idée amène avec elle un élément inconnu et inhabituel et ceci soulève également le spectre du litige. Les organisations administratives ont tendance à attendre qu'une autre organisation se jette à l'eau. Les individus, d'un autre côté, sont plus ouverts aux nouvelles idées. C'est encourageant d'assister à l'enthousiasme de milliers de cavaliers qui ont déjà adopté la « voie de la bride sans mors et/ou du parage naturel » et montrent l'exemple.


La souffrance équine

Rose Macaulay a écrit : « Un comportement aussi fourbe et cruel, que seul un être humain peut avoir pensé ou organisé et que nous appelons « inhumain » révèle ainsi certaines normes standard pathétiques de notre espèce qui survit à toutes les trahisons. »

Le « British Veterinary Association's Ethics and Welfare Group » a récemment mis à jour la définition en vigueur du « bien-être animal » en ce qui concerne « le bien-être physique et mental de l'animal ». L'inclusion du bien-être mental est tout spécialement nécessaire au cheval, un animal de proie qui – pour sa survie – est dépendant de sa capacité à être effrayé facilement. Mes recherches personnelles ont révélé à quel point la douleur du mors effraie le cheval. Il provoque la fuite, la lutte et des blocages qui, dans l'environnement de l'homme, sont à la fois dangereux pour le cheval et le cavalier.
Du point de vue de la sécurité ce n'est pas une bonne idée de faire peur à un animal aussi puissant qu'un cheval. Excepté le fait que le cavalier perde le contrôle d'un cheval apeuré, ceci est inhumain. La cavité buccale est l'une des parties les plus sensibles de l'anatomie du cheval. Il est inhumain de placer une tige en métal à un endroit sensible et d'y appliquer une pression. « Régner avec une tige de fer » (ou essayer) revient à régner de façon tyrannique.
La manipulation d'un instrument (un mors) dans une cavité du corps (la bouche) pourrait être considéré comme un acte chirurgical. Le mot « chirurgie » vient d'un mot Grec signifiant littéralement « un travail fait avec les mains ». Si le mors n'avait jamais été inventé et qu'un scientifique soumettait aujourd'hui une proposition de recherches nécessitant une telle « chirurgie » sur un cheval conscient, la proposition serait rapidement rejetée à l'unanimité.

Comme Noël Coward ne l'a pas dit, le mors est un abus. Il est responsable de plus de 100 comportements négatifs, dont la plupart sont motivés par la douleur et la peur et dont quelques-uns sont fatals pour le cheval et l'homme.
Si un médicament avait moitié autant d'effets secondaires sérieux il serait retiré du marché. Mis à part ce qui pourrait être décrit comme le « syndrome du cheval effrayé » le mors occasionne plus de 40 maux. La santé physique est autant atteinte que la santé mentale. Bon nombre de maux induits par le mors étaient auparavant catégorisés comme idiopathiques, tels que le déplacement dorsal du voile du palais et l'asphyxie causée par un oedème pulmonaire (les « saignements » des chevaux de course).

La souffrance causée par le ferrage est évidente mais est tout aussi sérieuse. Alors que la plupart des effets négatifs du mors se résolvent dans les jours qui suivent l'abandon du mors, les améliorations du bien-être après avoir enlevé les fers prend du temps pour devenir apparent. Alors que les effets du mors sont aigus par nature, les effets des fers sont chroniques.
La ferrure agit comme un lent poison. Ses effets sont cumulables et cela peut prendre des années avant qu'un sérieux problème fasse surface, comme la maladie naviculaire ou la fourbure. L'action retardée de la ferrure a été dissimulée avant d'être découverte et identifiée comme la cause véritable de ces deux fléaux courants.

Malheureusement, étant donné que la déformation du sabot est avancée à ce moment-là, cela peut prendre des mois ou même des années avant que la normalité soit restaurée par un programme « pieds nus ». Les signes cliniques résultant d'une gestion traditionnelle (c'est-à-dire la vie à l'écurie et la ferrure) comprennent des boiteries intermittentes ou persistantes, une piètre qualité de la corne, des seimes, décollement de la paroi, bleime, encastelure, et réduction de l'absorption des chocs menant à l'ossification des cartilages latéraux et à une contrainte sur les articulations et les ligaments. L'incapacité du sabot à se dilater et à se contracter par intermittence affecte la circulation du pied. Cela affecte également la circulation générale étant donné que des sabots sains se comportent comme quatre pompes cardio-vasculaires supplémentaires, quelque chose qui est nécessaire en particulier pour un exercice rapide. Comme pour le mors, un signe clinique facilement repérable est l'inaptitude à exécuter le travail demandé et la mort prématurée.

Le soulagement de la douleur

Le remplacement du mors par la bride sans mors permet une communication sans douleur et plus efficace entre le cheval et le cavalier pour toutes les disciplines, tous les types et toues les races de chevaux et quel que soit leur âge. Cette méthode est utilisable par des cavaliers de tous âges et ce qu'ils soient novices ou professionnels. Elle améliore les compétences du cavalier étant donné qu'elle encourage l'usage de l'assiette ainsi que des jambes plutôt que l'usage des mains.

La suppression des fers et l'établissement d'un programme d'entretien au parage naturel (24/7 à l'extérieur et parage quand cela est requis de par la poussée du sabot) permet au cheval d'être monté sur tous les terrains, de la roche au sable et sous toutes les conditions, y compris la glace et la neige. Les chevaux pieds nus ont l'avantage dans toutes les disciplines.


Obstacles au soulagement

Il n'y a pas de contre-indication en ce qui concerne la bride sans mors ou le parage naturel du point de vue équestre ou du point de vue de la santé du cheval. Les seuls obstacles sont de nature administrative.

Par exemple, la Fédération Equestre Internationale (FEI) mandate actuellement l'usage d'un mors ou plus pour le dressage ou pour les épreuves de dressage des autres disciplines. Ceci provoque une situation bizarre : un mors est requis pour le dressage mais pas pour les épreuves les plus dangereuses des compétitions comme le cross-country ou le saut d'obstacles. Les fédérations nationales suivent la FEI. La FEI influence jusqu'aux Poneys Clubs, ce qui fait que les enfants avec leurs mains maladroites sont obligés d'utiliser des instruments de torture.
Par conséquent, leurs poneys deviennent « chauds » et difficiles à manier. Les organisateurs des courses exigent actuellement que les chevaux courent avec un mors.

Il y a moins de règles administratives qui exigent des fers pour les compétitions. Mais malheureusement un obstacle à l'adoption plus libre du parage naturel vient des maréchaux-ferrants et des vétérinaires. Actuellement, relativement peu de vétérinaires et de maréchaux-ferrants ont étudié les recherches sur le parage naturel. Donc les propriétaires de chevaux ne peuvent pas demander de l'aide à ces professionnels pour faire la transition de ferré à pieds nus pour leurs chevaux. Cela changera avec le temps.

Conclusion

Le cheval ne peut pas être « supplémenté » avec des tiges en métal dans sa bouche et des arcs en métal sur ses pieds sans que cela n'interfère avec sa physiologie. C'est comme si on prenait un ordinateur et qu'on s'attendait à ce qu'il fonctionne après avoir enfoncé des pieux dans l'unité centrale. Nous « supplémentons » le cheval à notre péril. Les mors et les fers sont des armes de destruction du cheval. La bride sans mors et le parage naturel représentent le nec-plus-ultra de l'absence de technologie.

La cruauté a été définie par David Morton comme le fait d'infliger une douleur ou une souffrance évitable. Maintenant que des alternatives compatibles avec la physiologie sont disponibles, les technologies primitives que sont le mors et le fer peuvent être évitées. Etant donné qu'elles sont évitables, leur classification doit être révisée. Par définition, le mors et le fer sont donc des pratiques cruelles. Nous pouvons espérer que les organisations administratives des sports équestres mettront rapidement à jour leurs règlements pour les accorder avec ces deux avances concernant le bien-être du cheval.

Photos:Radiographie d'une bride double (se composant d'un mors de bride, d'un mors simple et d'une gourmette) in situ. La longue tige avec un jeu de rênes attaché à l'anneau du bas permet de faire levier avec le mors et la gourmette, en appliquant une pression sur la mandibule.

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