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réflexion sur l'avenir de l'équitation

Réflexions sur l'avenir de l'équitation

paru le 28/07/2013

 

 

L'AVENIR DU CHEVAL ...


Est entre nos mains!



Vous êtes-vous déjà posé ces questions :Mon cheval (ou celui que je monte dans mon école d'équitation ) est-il heureux? Souffre-t-il? M'aime-t-il? Certainement, si vous êtes un cavalier qui ne se soucie pas que de la victoire, de la fierté ou du profit...Que vous répondrait-il s'il pouvait parler ou mieux si vous pouviez comprendre son langage? Pour la majorité d'entre eux ils vous tiendraient à peu près ce discours:


“Oui je suis parfois heureux quand on me grattouille ou qu'on me laisse courir avec des copains. Mais je suis malheureux car je me sens seul et à l'étroit dans ce box où tu m'enfermes, séparé de mes congénères et où je ne dors que d'un oeil car aucun ami ne surveille mes arrières, et je m'ennuie, moi qui ait besoin d'être toujours en mouvement et en train de mastiquer... Oui je souffre lorsque tu me montes et que ma bouche subit les pressions du mors sur mes gencives et parfois tes maladresses ou que ma tête est pliée plus que de nature pour l'apparat. Oui je souffre car mes jambes sont lourdes, mes articulations et mes tendons malmenés par des fers qui entravent le bon fonctionnement de mes pieds et je suis gêné par cette selle que je porte et qui est parfois mal adaptée. Oui je t'aime quand tu me rassures d'une voix calme ou me flattes mais j'ai peur quand je ne comprend pas tes demandes, que tu t'énerves, me grondes ou m'en demandes plus que je ne peux donner.”


Et pourtant la TRADITION -ce mot si fort dans le monde du cheval- veut que ce soit ainsi .Et même le plus aimant des cavaliers -par anthropomorphisme- pense que son cheval est heureux. Comme lui, il est choyé, possède un lit douillet, avec un matelas épais de paille, un toit et des murs .On lui confectionne des “chaussures” qui lui permettent de courir sur n'importe quel sol et pendant plus de temps Le cheval est sur terre depuis bien plus longtemps que l'homme et les mustang n'en ont pas non plus pour parcourir quelques 50 Km par jour sur un sol aride!. On lui sert des repas (vite engloutis) à heures fixes matin, midi et soir d'une nourriture riche (eux qui manquent d'exercice) et de peu de fibres. Tout cela est servi sur un “plateau”: à hauteur de table .Pourtant il est fait pour manger au sol afin que sa dentition soit alignée avec son rachis comme lorsqu'il broute et pour éviter que les poussières n'entrent dans ses voies respiratoires... Et puis, il a plein d'amis! Qu'il ne peut que voir passer ou sentir derrière des barreaux, qu'on lui interdit de toucher ou de s'approcher trop près, car après toutes ces années d'isolation il ne saurait plus communiquer que par peur et donc violence .Il est un peu comme un détenu qui n'a le droit qu'à une promenade par jour sans contact avec les autres et que l'on relâcherait sans réinsertion sociale! .


HEUREUSEMENT, certaines personnes se sont posées des questions sur la nature et les réels besoins du cheval : des scientifiques, des professionnels, des passionnés en quête de vérité . D'autres, se questionne sur ce que recherche le cavalier d' aujourd'hui, c'est- à- dire: connaître son cheval, être en sécurité avec lui, être efficace, pouvoir établir une relation affective. Les besoins du cheval doivent donc être connus et respectés.


- Les besoins alimentaires : nous devrions lui donner une alimentation étalée sur toute la journée pour lui éviter l'ennui (et les tics d'écurie qui vont avec) et riche en fibres. N'oublions pas que le cheval est un herbivore! Donc il n'a pas besoin de grains si son travail est léger. Un fruit est une gâterie bien plus bénéfique et un bon foin est la nourriture la plus respectueuse de son système digestif et de sa flore intestinale.


- Le besoin affectif :créer des liens est nécessaire à son apprentissage des comportements sociaux. Le cheval est un animal grégaire. Il faudrait donc qu'il vive au sein d'un groupe et noue des amitiés fortes lui permettant de se sentir rassuré et protégé. En tout cas, il ne devrait jamais vivre seul!


- Le besoin sexuel: c'est pour lui la nécessité de pérenniser son espèce. De plus, les étalons ont les mêmes besoins que les autres équidés, il est donc immoral de les laisser seul. Les conséquences sont dangereuses pour son psychisme et son entourage: ses congénères comme les humains. Il oubliera les règles des comportements sociaux et ceux précédant l'acte sexuel (parade nuptiale, préliminaires) ce qui se traduira par un viol et/ou des violences anormale envers la jument qu'il devra saillir. Résoudre ce problème par la monte en main n'est pas la solution: c'est aussi considéré comme un viol pour la jument qui n'a pas le choix , est parfois entravé et du même coup terrorisé. Dans la nature, toutes les jeunes pouliches ont vu (peu de temps après leur naissance) leur mère se faire saillir. Les jeunes mâles ont aussi eu leur pères comme modèles. D'ailleurs, tous les poulains devraient passer une période avec un étalon, tout comme chaque humain a besoin d'un père pour être équilibré. Les jeunes mâles élevés exclusivement par des juments sont les plus touchés par cet habitude d'élevage ce qui explique le caractère imprévisible de la plupart des étalons...


- Le besoin de sommeil: les chevaux ont besoin de se coucher entièrement pour atteindre un quart d'heure de sommeil paradoxal par jour, ce qu'il ne peuvent pas faire dans un box ou un pré sans la surveillance d'un congénère. Ce manque de sommeil entraîne comme chez l'homme un état de collapsus rendant le cheval stressé et dépressif voire paranoïaque (hallucinations et peurs incompréhensibles). Ainsi une étude anglaise a prouvé que les chevaux vivant en box causent plus d'accidents... L'idéal est de lui offrir un compagnon équin; à défaut un mouton peut assurer ce rôle affectif et protecteur.


- Le besoin d'espace et le besoin ludique: à défaut d'un grand pré, un paddock ou un manège pour qu'il se défoule (ruade, roulade...) sans humain sur son dos! Le cheval adulte joue naturellement une heure par jour. Etre enfermé est une chose réservée aux criminels dans notre société humaine! L'ennui et le manque d'exercice est un facteur de stress et de pathologies important pour le cheval (fourbure, ulcères gastriques, tics, vices...etc.)


- Les besoins de comprendre, de se dépasser et d'avoir des simulations sensorielles variées. Difficile si son cavalier pratique toujours la même discipline voire l'enferme ou l'oublie seul dans un box ou un pré parfaitement vide et stérile...Mais aussi s'il le force à obéir comme une machine sans lui permettre d'analyser, de réfléchir, de s'exprimer ou d'être rassuré face à ses peurs!



Alors comment répondre à ces BESOINS fondamentaux et simultanément aux DÉSIRS de son cavalier ? Le cavalier veut un cheval en bonne santé, sécurisant et heureux d'évoluer avec lui. De la conviction qu'une autre équitation est possible, est née L' EQUITATION NATURELLE , qui essaye de décortiquer chaque souffrance du cheval et d'y trouver un remède par l'étude de son comportement naturel (éthologie).


Le cheval souffre de ce mors qu'on lui inflige pour arriver à nos fins (travaux du Docteur Hiltrud Strasser et professeur Robert Cook à l'appui). Le cheval respire exclusivement par le nez: il peut soit respirer fortement pour se déplacer, jouer et travailler soit manger calmement (avoir quelque chose dans la bouche). Cependant, faire les deux en même temps le met dans une situation conflictuelle. Le fait d'avoir quelque chose, entre autres le mors, dans la bouche réduit ses fonctions respiratoires. En effet, un voile dans son palais les entre ferme pour se concentrer sur la fonction alimentaire qui demande moins de souffle. Sa respiration est encore plus entravée si on le force à fléchir sa nuque outre-mesure (encapuchonnement). Les conséquences néfastes sont nombreuses: l'air inspiré, chargé en gaz carbonique reste dans la trachée-artère; ne pouvant pas expirer normalement, les poumons contiennent de moins en moins d'oxygène. Ceci affecte tout le métabolisme du cheval: un manque d' apport en oxygène dans le sang, des risques d'hémorragie pulmonaire (avec parfois des saignements nasaux), une salivation anormale, des douleurs dans ses gencives inflammées, une usure prématurée des pré-molaires et un dos creusé par ses essais de s'astreindre à la douleur. Son champ de vision, lors de l' encapuchonnement est limité: ce qui est dangereux pour le cheval comme pour le cavalier. Enfin, il développe des tics comme le “head-shacking” (cheval qui secoue la tête sans cesse)... Tout ceci le fragilise, surcharge son organisme, le fait vieillir prématurément et le fait souffrir... et nous qui le voulions heureux et en bonne santé! Et puis, le cheval est un animal de proie, pris de peur pour x raison, il s'emballe pour fuir tandis que son cavalier, pour reprendre le contrôle, tire sur le mors, lui infligeant une douleur supplémentaire : pas de quoi vraiment le rassurer!


Un harnachement qui indique en douceur la direction et l'allure par pression sur le nez (pas trop bas) est normalement suffisant à condition que le cavalier soit à l'écoute des capacités et des peurs de son compagnon. Dans la nature, un cheval au statut inférieur, qui court trop ou pas assez vite ou désobéit à la hiérarchie du troupeau, recevra un léger coup de sabot ou une morsure sur les fesses (pincement) par un individu plus haut placé ! Un bon cavalier peut aussi utiliser à bon escient sa voix, ses jambes, son poids du corps voire une badine pour prolonger son bras. Si l'on enlève le mors dont le cheval essaye sans cesse de se débarrasser et qui monopolise toute son attention, il se concentre davantage sur son cavalier, se sent plus libre et peut utiliser tout son champ de vision afin d'analyser ce qui lui fait peur. Il sera également responsabilisé en apprenant à respecter des contrats (trajectoire, allure) : c'est bien plus ludique pour lui que d'obéir comme un automate!


Le cheval porte souvent une selle mal adaptée qui empêche le libre mouvement des épaules, les flexions latérales ou verticales que lui demande son cavalier dans l'incurvation , l'engagement des postérieurs, le rassemblé ou simplement le saut. Il existe pourtant de plus en plus de professionnels qui permettent d'essayer les selles . Car le cavalier ne devrait choisir celle qu'il trouve confortable, mais celle qui assure le confort du cheval et qui lui permet de faciliter sa locomotion lorsqu'il travaille. Elles doivent être adaptées à la morphologie du cheval ( surtout au niveau du garrot ), l'arçon doit libérer la colonne vertébrale et avoir une surface d' appui régulière, et ne pas gêner le mouvement des épaules. En fin la selle doit pouvoir rester en place sans être maintenue fortement .


Pourquoi la tradition est-elle à ce point un frein au bien être du cheval ? Comme celle de poser des fers comme au temps du Moyen Age où ils furent inventés ( tel qu'ils sont aujourd'hui ) pour éviter le pourrissement des pieds du cheval restant longtemps dans sa litière humide et acide, et devant parcourir d'une seule traite de nombreux kilomètres pour la guerre, le transport, le travail...Il y a bien longtemps que nous avons troqué nos lourds sabots de bois contre des chaussures étudiées pour le confort, la respiration, l'amortissement (coussins d'air, nouveaux matériaux...). Quand les scientifiques se sont rendus compte que les résultats des statistiques sur la longévité du cheval étaient surprenants, ils se sont mis à réfléchir sur leurs causes qui ne sont pas dénuées d'intérêt : un cheval sauvage a une espérance de vie de 40 ans, alors que nos chevaux de loisir vivent en moyenne 20 ans et 10 ans pour les sportifs. C'est là qu'intervient un des importants méfaits du ferrage : le cheval est doté d'un très petit coeur par rapport à sa masse corporelle, mais comme Mère Nature l'a bien conçu, elle l'a doté de quatre pompes supplémentaires. Les sabots, en fonctionnant naturellement renvoient le sang au coeur par l'écartement des talons et l' appui de la fourchette. A l'inverse, le fer réduit considérablement cette fonction. De plus, un exercice régulier suffisant et en terrain varié ( souple, rigide, abrasif... ) est nécessaire pour l'usure et l'adaptation du pied pour un fonctionnement “pied nu”. En fait, le ferrage :“ce mal nécessaire” ( comme le définissent les manuels de maréchalerie ) serait à l'origine de bien des pathologies équines et de l'abattage précoce de beaucoup de chevaux pour cause de boiteries inguérissables : ”pas de pied pas de cheval !”. C'est après ces constatations, appuyées par des études scientifiques de plus de 20 ans et l'observation des chevaux sauvages ou ferraux ( chevaux déferrés ) qu'est né le PARAGE NATUREL. Les méthodes inspirées d'une part par des calculs scientifiques ( Dr Stasser) et d' autre part par l'observation des pieds ( Pete Ramey ou Jaime Jackson ) permettent de façonner le pied d'une manière nouvelle et respectueuse de ses fonctions internes, de son rôle d'amortisseur et de pompe cardiaque. Pour résumer, un pédicure équin recherche de bons aplombs, une fourchette et des glomes à l'appui pour amortir les chocs ( comme les coussins d'air de nos baskets ), une sole épaisse et des barres proportionnées ( comme nos semelles qui nous évitent de sentir les cailloux et de déraper ), une tournure de la paroi arrondie (appelée aussi “Mustang Roll”) pour éviter que les chocs contre les éléments du terrain n'effritent la paroi, ainsi qu' une pince et des talons courts pour un basculement naturel et léger du pied qui respecte la morphologie et les allures des différents chevaux.



Dans l'histoire millénaire de la plus noble conquête de l'Homme, la contrainte était de vigueur pour contrôler et habituer les chevaux aux codes artificiels de l'Homme. Lui qui pourtant lui a montré tant d'adoration et de consécration dans tout ce qui touche l'art équestre, ignorait qu' en voulant le choyer il lui infligeait des souffrances insoupçonnées. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas tout justifier par amour de la tradition si l'on souhaite établir une relation d' harmonie avec celui qui nous porte et nous supporte.


Le but de cet article n' est pas de dénigrer toute l' évolution de la pratique équestre mais plutôt de la continuer en tenant compte des connaissances nouvelles que les scientifiques et professionnels ( éthologues, vétérinaires, pédicures) nous apportent sur les besoins et le bien-être du cheval.






Laëtitia et Fanny.



Inspiration : les trois ouvrages de Danielle GOSSIN , les magazines Cheval au Naturel et Cheval Attitude, les travaux du Dr Cook, Dr Strasser, Pete Ramey , et Jaime Jackson.

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